VIOLENCES GYNÉCOLOGIQUES : mon expérience

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VIOLENCES GYNÉCOLOGIQUES : mon expérience

Cet article est la copie d’un post que j’avais fait il y a quelques mois sur Instragram.

J’ai décidé de le publier à nouveau pour témoigner et pour que l’on puisse chacune, se préparer pour ne pas se laisser faire.

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Quand mon fils est né tout ne s’est pas déroulé tout à fait comme prévu…

(en fait un accouchement se passe rarement comme prévu mais je parle de la coupure ressentie entre le personnel soignant et nous. J’en reparlerai bientôt).

 

Un mois après avoir accouché j’avais cessé de saigner (les lochies : le sang que l’on perd après l’accouchement quand l’utérus se vide et rétrécit pour reprendre sa place).

Subitement je me mets à perdre à nouveau beaucoup de sang. J’appelle ma sage femme en ville qui me dit d’aller aux urgences.

J’appelle les urgences de la maternité où j’avais accouché. On me passe l’interne qui me demande si j’ai de la fièvre : “ je me sens fébrile mais je ne peux pas prendre ma température car mon mari est parti avec les valises et le thermomètre à l’intérieur, ce matin” (on partait en voyage le soir même). Elle me répond que c’est très certainement mon retour de couches (premières règles après l’accouchement). C’était peu probable vu que j’allaitais à la demande un bébé très gourmand (mais c’était une possibilité).

Je continue de me sentir mal, faible et je prends peur… et si c’était une hémorragie ou une infection de l’utérus ? et si j’attendais trop ? et si je perdais connaissance toute seule à la maison avec mon bébé ? et si je perdais mon utérus ? et si je perdais la vie ? et mon bébé si petit si fragile encore…

Je décide d’en avoir le cœur net et d’aller aux urgences, mon bébé en écharpe.

Sur place je suis assez mal reçue.

Ils me disent que j’aurais du venir seule sans bébé car les bébés ne sont pas autorisés à l’intérieur (des mamans accouchent et on ne veut pas prendre le risque qu’un microbe extérieur s’introduise). Je comprends… mais je ne sais pas où aller. Il est marqué au mur “urgences pédiatriques et maternité”. Je pleure… une sage femme me dit d’attendre, qu’elle va essayer de trouver un moyen.

Ils vont me voir… Ils me disent d’attendre… j’attends… une heure.. deux heures… trois heures… je passe aux toilettes changer mes protections (les couches ou serviettes hygiéniques hyper épaisses spéciales “jeune maman”) qui se remplissent de sang… je suis épuisée…

Les futures mamans arrivent pour savoir si elles accouchent.

Je sais que je ne suis pas une priorité. Des mamans ont plus besoin des soignants que moi. J’accepte et j’attends.

Au bout de longues heures on vient me chercher.

Je suis reçue par l’interne que j’avais eu au téléphone.

Pas de bonjour, mais seulement “c’est vous qui avez appelé tout à l’heure ?”

  • Oui
  • Vous avez de la fièvre ?
  • Je vous ai dit je ne sais pas, je ne pense pas, mais je ne me sens pas bien…
  • Je vous avais dit que c’était pas la peine de venir…

Elle me fait entrer dans une pièce et me dit : “déshabillez vous” et me présente la table d’auscultation.

Je suis habillée, avec mon bébé en écharpe qui dort.

A une main je me déshabille, difficilement…

Je demande : “Où je peux poser mon bébé ?”

  • « Débrouillez-vous”

Je prends mon bébé sur mon cou et je m’allonge comme je peux sur la table en repositionnant bébé le plus haut possible sur mon torse. Il écrase ma poitrine gorgée de lait. Ça me fait mal. Je me dis “heureusement il dort”.

L’interne prend ma température en mettant la sonde dans ma bouche. Elle me dit “pas de fièvre”.

Et puis elle me palpe le ventre en appuyant très fort sur mon utérus. Ça me fait mal. Le sang coule dans ma serviette.

Elle ouvre mes cuisses sans délicatesse et insère une sonde d’échographie endovaginale rapidement. J’ai subi une grosse épisiotomie un mois plus tôt, cicatrisée bien sûr mais je m’attendais à plus de douceur. Je me mets à pleurer à nouveau..

Elle : “pourquoi vous pleurez ?!”

Je n’arrive pas à répondre car les sanglots ne me laissent pas reprendre ma respiration.

Elle répète plusieurs fois, énervée “ pourquoi vous pleurez ?!”

Les sanglots toujours…

J’ai envie de lui dire “ je pleure de me faire maltraiter, je pleure car je suis une jeune maman bouleversée et fatiguée, qui vit la plus grosse tornade de sa vie, qui a vécu un accouchement difficile, qui découvre les joies de la maternité et l’amour de sa vie en même temps qu’elle ressent une fatigue immense, des montagnes russes hormonales, qui est seule avec son bébé qu’elle allaite jour et nuit pendant que son utérus contracte et perd du sang.

Je pleure d’être seule, impuissante devant vous, froide, sans cœur, violente, maltraitante…”

Je veux lui dire tout ça mais les sanglots s’engouffrent dans ma gorge. Les spasmes ne laissent pas passer assez d’air pour articuler un seul mot.

“Je vous fais mal ?” Je fais non de la tête.

Elle reprend son « exploration », ressort la sonde et me dit “je vous avais dit que c’était vos règles….”

Même cirque : toute seule, sans aide, avec mon bébé sur le torse, j’arrive à me redresser, à descendre de la table, cul à l’air, honteuse, à remettre ma culotte épaisse et rouge, à renfiler mes vêtements en m’aidant d’une main et en gigotant suffisamment pour que les vêtements remontent mais pas trop pour ne pas réveiller mon enfant…

Je pleure encore et j’arrive à lui dire “ je me sens bête, je sais bien que c’est difficile pour vous et que vous avez du avoir une journée et peut être une nuit difficile. Que je vous fais perdre votre temps et que vous me trouvez bête. Mais c’est la première fois que j’ai un bébé, je ne sais pas ce qui est normal ou pas et j’ai eu peur. Je me sens tellement conne.” (Tout cela, difficilement articulé, entrecoupé par des hoquets et des sanglots)

Elle se radoucit en me disant : “voilà la facture qu’il faudra aller payer en bas, vous voulez de l’aide pour la mettre dans votre sac ?”

Je pense que mes dernières paroles l’ont faite sortir de sa transe et réaliser quel avait été son comportement… malheureusement pour elle c’était le moment “facture” de son script.

Je suis ressortie. J’ai vu dans la salle d’attente une autre jeune maman avec son bébé de quelques jours que j’avais croisée pendant mon attente.

Elle me voit en pleurs et me dit “ votre bébé va bien ?”

Je dis entre les sanglots “ oui tout va bien c’est juste le comportement du médecin que je ne comprends pas “. Elle me dit “oui elle n’est pas très humaine.”

Mon ascenseur arrive, je lui dis au revoir et descend régler ma facture.

À l’accueil je craque complètement, mes larmes coulent à flot et rattrapent la vague de sang perdu. Le sang épais et sombre devient liquide et rouge vif dans mon cœur.

Une personne de la maternité vient me voir gentiment et s’excuse de la part de la maternité et de l’interne.

Je repars rassurée sur ma santé mais vidée émotionnellement. Je me sens tellement petite et humiliée.

 

Pour info je n’ai pas eu mes règles à nouveau, ce n’était donc pas un “retour de couches” mais plutôt un nettoyage utérin qui servait certainement éliminer un caillot… et ça aurait pu être très grave….

 

Je peux comprendre les conditions qui ont amené cette jeune interne à se comporter de la sorte.

Je sais qu’elle n’a pas voulu faire médecine pour faire pleurer les femmes jeunes mamans. Elle a certainement du enchaîner les heures de travail sans sommeil, le stress et les trop grosses responsabilités.

Mais c’est tout de même inacceptable.

Je choisis de reprendre mes droits sur mon corps et ma santé.

À toutes les femmes qui ont vécu des maltraitances, ne vous laissez plus faire et ne vous laissez plus enfermer dans la position de victime/patiente.

Si j’ai décidé d’en parler c’est aussi pour que les femmes ayant subi ça ne se sentent plus seules ou isolées. Ce n’est pas pour jeter la pierre au personnel soignant mais que nous les « patients » ne soyons plus résignés , victimes, patients. Il y a urgence à exiger le respect.

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